A propos de l’accueil des réfugiés

En relisant mes notes d’une conférence donnée par le préfet de la Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée, le cardinal João Braz de Aviz, aux personnes consacrées de Suisse, j’ai trouvé un passage où il parlait de l’accueil des réfugiés. Il nous expliquait que deux communautés dans deux monastères qui s’étaient mises ensemble pour mettre une maison à disposition. Il disait également qu’on ne pouvait pas installer des personnes fuyant leur pays dans des monastères où se trouvait encore une communauté.

Il est clair que nous ne pouvons rester neutres et indifférents devant la détresse de ces gens jetés sur les routes de l’exil par la guerre et la terreur.

Mais les communautés monastiques n’ont attendu ni l’appel du pape, ni le projecteur médiatique actuel sur cette vague migratoire exceptionnelle pour développer l’hospitalité. Saint Benoît, dans sa Règle1 datant du VIe siècle tout de même, demande d’accueillir « les hôtes qui ne manquent jamais au monastère, comme le Christ » (RB 53). Concrètement, en tout cas chez nous, c’est une cinquantaine de personnes par an, en perte de repères qui trouvent refuge, pour quelques heures ou quelques jours en nos murs, en plus des retraitants venant pour des raisons spirituelles.

En Suisse romande, depuis notre monastère, il y a trois autres communautés cisterciennes (c’est-à-dire de la même spiritualité que nous) à un rayon de moins d’une heure de route. Toutes ces communautés ont vu leur effectif diminuer de moitié en quinze ans. Mais toutes ces communautés sont implantées dans leur monastère depuis plusieurs centaines d’années, à l’exception des soeurs de Géronde, mais qui sont dans un lieu spirituel très ancien aussi.

Ceci n’est pas anodin car aucune communauté ne voudrait être celle qui abandonnera une si longue lignée de fidélité. On peut se poser la question : mais de quelle fidélité parle-t-on ? À un lieu, à la Parole de Dieu, aux croyants qui fréquentent notre communauté depuis des des décennies ?…

C’est la raison pour laquelle aujourd’hui, nous continuons à mener la vie monastique dans nos lieux propres. Il faut dire aussi que réunir des communautés entre elles et des communautés relativement âgées, ne se fait pas sans préparation, sans discussions. Or aucun de ces monastères de peut accueillir les trois autres.

Une autre possibilité serait de quitter des maison afin de laisser la place. C’est ce qui est en train de se faire à Grolley (FR), ce domaine ayant appartenu aux Père Coopérateurs du Christ-Roi jusqu’à peu de temps encore. Bien sûr, il y aurait des travaux à effectuer car nos maisons ne sont pas faites pour abriter des familles.

Pour ma part, je suis assez mitigée quant à la « fusion » de deux communautés. L’expérience montre que c’est une opération des plus délicates, dont le succès n’est pas garanti, c’est le moins que l’on puisse dire. De plus, quitter nos lieux, ne serait-ce pas créer des déserts spirituels ? Un monsieur me disait tout récemment que le monastère était pour lui comme un paratonnerre pour la région.

J’imaginerais bien en revanche, que nous quittions ces murs pour habiter dans des cures désaffectées. Certaines sont relativement vastes et pourraient accueillir nos petites communautés. Nous pourrions prier l’office monastique dans les églises attenantes et cette dernière resterait une maison de prière pour tous, au lieu d’être utilisée que quelques dimanches par mois.

Bien sûr, quitter ce lieu où des générations de femmes se sont relayées depuis tant d’années pour assurer le service de la prière, ce lieu où j’ai fait profession, serait un arrachement… mais est-ce que cela n’a pas été aussi un arrachement de quitter le lieu de sa naissance, ses racines, pour partir sur les routes de l’exil ?…

1 C’est la règle de vie que suivent les monastères bénédictins et cisterciens de nos jours encore.

Votre commentaire

Réserver vos invitations